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  • Stewart Kiff

CONCILIER GOUVERNEMENT MINORITAIRE ET DROITS LINGUISTIQUES MINORITAIRES

Mis à jour : sept. 17



Au lendemain de l’élection fédérale, les Canadiens ont élu un gouvernement fédéral minoritaire. Avant la plus récente élection, il y avait eu 13 gouvernements minoritaires au Canada. En moyenne, ceux-ci sont demeurés au pouvoir pendant 479 jours. Et, fait intéressant : 7 de ces 13 gouvernements minoritaires ont été réélus.


Certes, Trudeau devra ajuster sa façon de gouverner et démontrer une réelle volonté de coopérer avec les autres partis s’il espère s’accrocher au pouvoir aussi longtemps que possible.


Néanmoins, tout semble indiquer que Justin Trudeau aura sa destinée entre ses mains, pour le moins à court et à moyen terme. Pourquoi ? La raison est simple : ses adversaires politiques n’ont aucun intérêt à retourner aux urnes dans les prochains mois.


Un gouvernement minoritaire stable


Bien qu’ils aient remporté le vote populaire à l’échelle nationale, les conservateurs demeurent l’officielle à Ottawa. Il ne fait aucun doute que cette défaite électorale a laissé un goût amer dans la bouche de plusieurs sympathisants. Le chef Andrew Scheer se retrouve maintenant sur la défensive et une incertitude grandissante règne quant à son avenir à la tête du parti.


De son côté, Jagmeet Singh a surpris bien des gens par sa performance électorale. Malgré tout, son parti a fait chou blanc dans le centre-ville de Toronto — un terrain généralement fertile pour le NPD — et n’a pu décrocher qu’un seul siège au Québec. Plus inquiétant encore, la campagne électorale semble avoir laissé le parti dans une situation financière particulièrement précaire.


Pour sa part, la délégation du Bloc québécois ressort grande gagnante de cette élection comme troisième parti. Porté par la performance électorale de son chef Yves-François Blanchet, le parti qui défend le nationalisme du Québec sera représenté par trois fois plus de députés à la Chambre des communes. Fort de cette prestation, il serait surprenant que le Bloc québécois veuille retourner en campagne électorale au cours des 24 prochains mois.


Enfin, les libéraux de Justin Trudeau se retrouvent à nouveau dans le siège du conducteur, cette fois-ci à la tête d’un vélo tandem — ils auront besoin d’être deux pour pouvoir avancer avec beaucoup de coordination. Bien qu’ils ne soient pas parvenus à obtenir un second mandat majoritaire tant convoité, il s’agit d’un résultat qui pourrait non seulement profiter aux libéraux, mais également sourire aux francophones hors Québec.


Quelle importance accordée aux francophones hors Québec ?


Cette nouvelle répartition du pouvoir à Ottawa — et notamment la résurgence du Bloc québécois — aura sans doute un impact positif sur l’importance accordée à la francophonie et aux langues officielles. Pendant la campagne, Yves-François Blanchet a d’ailleurs indiqué que son parti serait un allié aux Franco-Canadiens.


Outre l’appui du Bloc québécois, les Franco-Ontariens pourront aussi compter sur le retour de nombreux représentants politiques familiers et sensibles à leur cause, notamment Paul Lefebvre (Sudbury) et Carol Hughes (Algoma—Manitoulin—Kapuskasing) dans le nord de l’Ontario ainsi que Mona Fortier (Ottawa—Vanier) et Francis Drouin (Glengarry—Prescott—Russell) dans l’Est ontarien.


La nouvelle députée fédérale libérale dans la circonscription d’Orléans, Marie-France Lalonde, représente quant à elle un nouvel appui de taille pour les francophones de partout au pays. L’ancienne ministre des Affaires francophones en Ontario pourrait apporter une aide bien précieuse à l’équipe de Justin Trudeau, notamment au niveau des relations avec le gouvernement Ford et sur le dossier de l’Université de l’Ontario français.


Enfin, on se doit de souligner l’élection de Chris d’Entremont dans la circonscription de Nova-Ouest. M. d’Entremont, qui est un ancien député provincial de la Nouvelle-Écosse, se veut une très belle prise pour la troupe d’Andrew Scheer. Le poste de critique du Parti conservateur en matière de langues officielles pourra s’avérer un choix naturel pour cet ancien ministre progressiste conservateur des Affaires acadiennes.


Passer de la parole aux actes


Outre l’Université de l’Ontario français, le Parti libéral du Canada s’est engagé — comme tous les autres principaux partis politiques — à moderniser la Loi sur les langues officielles. Il s’agit donc là d’une promesse qui semble susceptible d’être priorisée par le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau. Ce dernier a aussi promis de renforcer les pouvoirs du Commissaire aux langues officielles, de continuer d’appuyer les droits des minorités linguistiques et de nommer que des juges bilingues à la Cour suprême du Canada.


Ces engagements électoraux seront-ils reflétés dans les lettres de mandat des nouveaux ministres ? Et plus intéressant encore : à qui ces responsabilités en matière de langues officielles seront-elles confiées ? Le premier ministre osera-t-il ajouter du sang neuf dans son équipe ministérielle ou confiera-t-il plutôt ces responsabilités à des membres aguerris de son équipe ?


On devrait avoir une réponse à ces réponses — et bien plus encore — lorsque le gouvernement dévoilera la composition de son cabinet ministériel le 20 novembre prochain. D’ici là, je vous invite à réfléchir à l’approche que vous comptez adopter auprès des nouveaux ministres une fois leur poste confirmé !


© 2020 par Beausoleil Médias Inc.

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